Auteur/autrice : Aymeric Silvert

  • Le matériel ne fait pas le son — ce que dix-sept ans de démonstration m’ont appris

    Pendant dix-sept ans, de 2001 à 2018, j’ai été endorsé par Ernie Ball / Music Man et j’ai assuré les démonstrations officielles de la marque en France. Des centaines d’heures passées à faire sonner des instruments devant des guitaristes qui venaient, presque tous, avec la même question : « c’est quoi, ton secret ? »

    La réponse est décevante, alors je la donne tout de suite : il n’y a pas de secret dans le matériel. Mais il y a des choix, et les bons choix vous enlèvent des obstacles. C’est ce dont je veux parler ici, et dans les articles qui suivront chaque mois.

    Ce que le matériel ne fera jamais pour vous

    Un bon instrument ne corrige pas une main droite imprécise. Un ampli à 2 000 € ne met pas une note en place. Une pédale ne crée pas une intention musicale. Tout le monde le sait, et pourtant le réflexe, quand quelque chose ne sonne pas, est d’aller chercher une boîte de plus.

    Ce que j’ai vu en démonstration, et ce que je vois en cours, c’est toujours le même ordre de grandeur : le son vient d’abord des doigts, ensuite du réglage, enfin du matériel. Changez de guitariste sur le même ampli, vous entendez deux musiciens. Changez d’ampli sous le même guitariste, vous entendez le même musicien avec une autre couleur.

    Ce que le matériel fait, en revanche

    Il lève des freins. Un manche qui ne vous convient pas vous fatigue au bout de vingt minutes. Un tirant de cordes mal choisi vous fait rater vos bends ou vous oblige à forcer. Un ampli trop puissant pour la salle vous interdit d’entrer dans sa zone intéressante. Aucun de ces problèmes n’est un problème de talent — ce sont des problèmes de réglage, et ils se résolvent.

    Les cordes : le réglage le plus rentable

    C’est le poste où le rapport entre le prix et l’effet est le plus favorable, et celui que les guitaristes négligent le plus. Je suis partenaire de Savarez depuis 2021, et travailler avec une maison de cordes vous apprend une chose : le tirant n’est pas une question de virilité, c’est une question de contexte.

    • Votre accordage. Descendre d’un demi-ton ou d’un ton sans monter le tirant, c’est accepter des cordes molles, des justesses approximatives et un son qui bave.
    • Votre diapason. Une même référence ne donne pas la même tension sur un diapason court et sur un diapason long.
    • Votre main. Si vous jouez beaucoup de bends, un tirant plus faible vous rend du confort. Si vous attaquez fort, un tirant plus élevé vous rend de la définition.
    • Votre répertoire. Un jeu majoritairement rythmique et un jeu de solo ne demandent pas le même compromis.

    Le test que je recommande toujours : changez une seule variable à la fois, et gardez le jeu de cordes au moins deux semaines avant de juger. La plupart des avis sur les cordes se forment dans les dix premières minutes, c’est-à-dire au pire moment.

    Trois questions avant d’acheter quoi que ce soit

    1. Est-ce que ça résout un problème que j’ai réellement ? Si vous ne savez pas nommer le problème, l’achat ne le résoudra pas.

    2. Est-ce que je l’utiliserai dans le contexte où je joue ? Un 100 watts à lampes est un instrument magnifique et parfaitement inutilisable dans un bar de 60 places.

    3. Qu’est-ce que je n’ai pas encore exploité dans ce que je possède ? C’est la question qui fait économiser le plus d’argent, et celle que personne ne se pose.

    Ce qui compte vraiment, à l’usage

    Après trente ans de scène et de studio, voilà ce que je regarde en premier sur un instrument : est-ce qu’il tient l’accord ? Est-ce que je peux jouer deux heures dessus sans douleur ? Est-ce qu’il réagit quand je change d’attaque ? Est-ce que je l’entends dans un mix sans forcer le volume ?

    Quatre questions prosaïques. Aucune ne concerne la marque, le bois ou le prix. Mais un instrument qui répond oui aux quatre vous laissera faire de la musique, ce qui est après tout le but de l’affaire.

    La suite

    Cet article ouvre une série : un sujet matériel par mois. Amplis et puissance réelle, micros, effets et ordre de pédalier, réglages d’action et de justesse, choix de l’instrument selon le répertoire. Toujours du point de vue d’un musicien qui joue, pas d’un catalogue.

    Une question de matériel qui vous bloque ? Écrivez-moi, elle fera peut-être le sujet d’un prochain article.

  • Organisez votre jeu avec le CAGED : arrêtez de vous perdre sur le manche

    Vous connaissez vos accords ouverts. Vous avez appris deux ou trois gammes pentatoniques. Et pourtant, dès qu’il faut improviser au-delà de la 5e case ou retrouver un accord ailleurs sur le manche, tout devient flou.

    Ce n’est pas un problème de doigts. C’est un problème d’organisation. C’est exactement pour ça que j’ai écrit la méthode Organisez votre jeu avec le CAGED.

    Le CAGED, c’est quoi ?

    Cinq lettres, cinq accords ouverts que tout guitariste connaît déjà : C, A, G, E, D (do, la, sol, mi, ré).

    L’idée est simple : ces cinq formes ne sont pas cinq accords isolés. Ce sont cinq façons de jouer n’importe quel accord, et elles s’emboîtent les unes dans les autres le long du manche, toujours dans le même ordre. Prenez un do majeur :

    • forme de C en position ouverte,
    • forme de A autour de la 3e case,
    • forme de G autour de la 5e,
    • forme de E autour de la 8e,
    • forme de D autour de la 10e,
    • … et on retombe sur la forme de C à l’octave.

    Cinq zones, un seul accord. Le manche n’est plus une grille de cases à mémoriser : ce sont cinq territoires qui se répètent.

    Pourquoi ça change tout

    1. Vous savez toujours où vous êtes. Chaque forme contient ses fondamentales à des endroits fixes. Repérez-les, et vous ne jouez plus « au hasard ».

    2. Accords, arpèges et gammes parlent enfin la même langue. Autour de chaque forme d’accord vivent un arpège et une gamme. Improviser devient : je vois l’accord, je vois ses notes, je choisis.

    3. Vous jouez les enchaînements sans traverser le manche. Un I – IV – V peut se jouer dans une seule zone, en changeant simplement de forme.

    4. Les solos deviennent mélodiques. Viser les notes de l’accord au moment où il passe, c’est ce qui fait sonner un chorus « juste » plutôt que simplement « dans la gamme ».

    Par où commencer

    1. Jouez un seul accord (do majeur) dans les cinq formes, de la position ouverte jusqu’à la 12e case, en nommant chaque forme à voix haute.
    2. Repérez les fondamentales de chaque forme avant de jouer quoi que ce soit d’autre.
    3. Faites la même chose en la mineur, puis avec la pentatonique correspondante autour de chaque forme.
    4. Changez de tonalité : les formes glissent, leur ordre ne change jamais.

    Dix minutes par jour pendant deux semaines suffisent pour que le manche commence à « s’allumer ».

    La méthode

    Couverture de la méthode « Organisez votre jeu avec le CAGED » d’Aymeric Silvert

    Organisez votre jeu avec le CAGED reprend cette démarche pas à pas : les cinq formes, les arpèges, les gammes, puis leur mise en musique. C’est le fruit de plus de quinze ans d’enseignement en conservatoire et de nombreuses masterclasses : les mêmes blocages reviennent chez tous les guitaristes, et le CAGED est l’outil qui les débloque le plus vite.

    Se procurer la méthode : Organisez votre jeu avec le CAGED sur Planète Partitions

    Aymeric Silvert